De censures et de retouches (En réponse à Sophie Durocher)

Madame Durocher, 

Regardez les images qui accompagnent ma chronique, Prenez quelques minutes pour les regarder sous tous les angles, apprécier les contrastes, l’expression du visage. Que ces images vous évoquent-elles? Je ne sais pas. Si l’on considère votre dernier billet d’humeur probablement trouvez-vous que mes images sont grossières, quelles vous rendent incapables de vous exclamer devant leur beauté. Mais pourtant, beauté, il y a. Laissez-moi vous demander, madame Durocher, qu’est-ce que la beauté? 

Plutôt, comment la beauté est-elle véhiculée de nos jours? Car, quiconque avec un semblant de jugeote aura tôt fait de comprendre que nos définitions de la beauté corporelle varient avec le temps, les époques, les moeurs, les contextes sociaux, etc… de tels corps dans une europe en pleine renaissance furent considérés comme un idéal à atteindre: synonyme d’une vie menée richement, de bien être matériel. De tels corps maintenant sont censurés des expositions de photographie (celle que j’ai faite en avril 2017) pour des raisons obscures à moitié bien énoncés. Ainsi, la bibliothèque dans laquelle je publiais l’une de ces images ainsi que quatres autres de ma série Liminarité sur un total de 15 de cette série ce voyaient retirés du mur le jour même du vernissage. Raisons évoquées: cela pourrait choquer le public. Et c’est cette possibilité de choquer ici qui est blessante, car on ne peux pas le dire, mais je le dis: nous avons un problème avec l’image.

Votre billet de mauvaise humeur, appelons un chat un chat madame Durocher, grattais du coin de l’ongle le coeur du problème et, bien que nous partagions cet avis comme il est scandaleux et hypocrite qu’une revue s’adonnant en temps normaux à la retouche présente des corps atypiques, ratais du coup sa vraie cible: notre modèle de beauté actuel est irréaliste. La vraie difformité, celle que vous démentez, Madame Durocher, ce retrouve dans les choix de directeurs artistiques voulant des modèles toujours plus minces, de photographes obligés de répondre à cette demande, de ce maquillage digital de la vérité des formes des gens, du passage sous silence de la diversité. Comme cette bibliothèque qui écrivait à l’entrée de mon exposition cette citation de Paul Auster: “Une bibliothèque est un sanctuaire de la pensée pure”, vous avez fait de votre journal un sanctuaire de l’eugénisme, de la honte et de la culpabilité. Vous avez perpétrer au nom de canons de beauté arbitraires que des artistes comme moi, ou la danoise Julia SH, ou l’américaine Susbstantia Jones ou la québécoise Julie Artacho nous efforçons de faire: changer ce canon afin que Tous.tes soient accepté.e.s tel.lles qu’illes sont, dans la beauté et la véracité de leur corps, de leur âmes, de leur rêves. En plus de faire preuve de fermeture d’esprit, vous vous dites “en faveur de la diversité corporelle.” et qu’ “Il ne faut pas qu’il y ait qu’un seul modèle de beauté”, Pourquoi exclure les gros.ses de votre propos en disant qu’ “une femme au corps difforme est une femme au corps difforme. Une femme obèse morbide est une femme obèse morbide. Ce n’est pas une femme « taille plus ». Ce n’est pas un modèle d’acceptation de soi : elle a un sérieux problème de santé et ne peut en aucun cas être considérée comme un modèle. Et ce n’est pas être une horrible mégère réactionnaire que de le dire.” Je les considère comme des modèles. Mon travail avec ces personnes m’a appris beaucoup plus sur l’acceptation de moi, qu’aucunes Monica Bellucci, Kim Kardashian ou Beyoncé ne le fera jamais. Ces femmes et ces hommes portent portent sur elles.eux le poids de toute une génération qui refuse de voir sa vérité en face. Tous les jours ces personnes vivent le genre d’exclusion dont vous avez fait de votre journal le sanctuaire. 

La seule difformité que je vois dans votre article, c’est votre rhétorique, madame Durocher.

Simon Douville, Photographe

images: modèle: Emmanuelle Bouchard (vous pouvez lire sa réponse au texte de Sophie Durocher sur le blog Je Suis Féministe) pour mon projet Liminarité 

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